27 septembre 1457
Trois pièces de monnaie.
Trois petits bouts de métal au creux de ses mains. Perdue dans ses pensées, Myrh marchait distraitement au coeur de la fôret, les yeux fixés sur les quelques lueurs qui se reflétaient entre ses doigts. Quelques écus, amassés avec grand soin, et conservés habituellement dans une petite poche de cuir attachée à sa ceinture. Ses pièces. Son trésor.
Délicatement, elle saisit l'une d'elle entre deux doigts, et la leva, face à la lune, pour mieux l'observer. Elle en connaissait les moindres reliefs, pourtant. Etait capable de sentir chacune des rainures rouler entre ses doigts fins. Plus de deux ans déjà. Deux ans qu'elle l'attendait. Mais il lui avait dit qu'il reviendrait. Alors, soigneusement, elle avait rangé ses quelques piècettes dans sa poche, et elle l'avait attendu. Un jour, deux jours, un mois, un an... Elle ne savait plus exactement. A vrai dire, Myrh n'avait qu'une vague notion de ce qu'était le temps. Pour elle, il n'était qu'une sucession de jours, tous semblables, qui se répétaient à l'infini. Y avait-il seulement eu un début à tout cela? Elle n'en était pas sûre, et ne voyait pas de grande différence entre un évennement qui avait eu lieu la veille, et un autre qui aurait pu se produire dix ans auparavant. Ils faisaient tous deux partie du passés, et n'étaient séparés d'aujourd'hui que par une suite de journées toutes similaires. Alors quelle importance ?
Toute pensive qu'elle était, elle n'avait nullement fait attention au chemin qu'elle avait emprunté, et c'est en observant ainsi son joyau qu'elle finit par apercevoir le décor qui se trouvait derrière. De lointains bruits de village, le chemin qui se transformait en pavés, les toits de chaume qui s'étalaient au devant... Elle était arrivée au bourg. La jeune fille leva un sourcil. Elle n'était pas entrée dans le village lui même depuis très longtemps. Ses seuls passages parcouraient uniquement la place du marché, et la vieille bâtisse abandonnée qui avait autrefois été le marché des rêves.
Myrh fit quelques pas. La ville était calme, on entendait juste parfois au loin quelques cris de paysans émêchés racontant on ne sait quelle histoire à qui voulait bien l'entendre. Elle jeta un rapide coup d'oeil autour d'elle. Quelques cahutes dans les mètres alentours, un ou deux tonneaux abîmés... Peu de gens passaient par ici. La maison la plus près d'elle en paraissait même inhabitée. Curieuse, elle s'approcha discrètement de la porte, laissée ouverte. La pièce était entièrement vide, en dehors des quelques meubles déjà poussiereux. Désertée.
Replaçant sa capuche sur ses quelques boucles brunes, Myrh fit demi tour. Elle ne s'attardait pas au milieu des habitations. Non pas qu'elle avait quoi que ce soit contre les villageois, mais ils avaient leur vie, et elle la sienne. C'était bien comme ça. Tandis qu'elle marchait en direction de sa chère forêt, un vent froid lui chatouilla le cou. La nuit serait fraîche. Elle ajusta son col, réprimant un frisson.
Et s'arrêta.
Après tout...
Hésitante, elle jeta un regard par dessus son épaule. Les quelques rares chaumières avaient pour la plupart éteint leurs bougies. La porte de la maisonnette abandonnée claquait toujours contre le mur, au gré des courants d'air. Personne ne semblait donner signe de vie.
Elle hésita encore un instant, jusqu'à ce qu'un souffle d'air plus frais que les autres ne la fit se décider. Revenant sur ses pas, elle poussa timidement la porte en bois, sur ses gardes. Elle attendit quelques secondes, mais rien ne semblait bouger à l'intérieur. Déposant alors sur le sol le bout de tissu roulé à l'intérieur de son sac, Myrh s'allongea dessus, improvisant grâce à son chaperon une couverture de fortune. Elle ferma les yeux, recroquevillée pour mieux conserver le peu de chaleur. Puis les rouvrit. Fouillant dans sa petite bourse, elle en ressortit l'une des trois pièces, qu'elle observa à nouveau une seconde à la lumière de la lune, avant de la reposer soigneusement à sa place, et de refermer les yeux.
Il reviendrait.
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